Gardois et Héraultais : pourquoi conduisent-ils si mal ?

Gardois et Héraultais : pourquoi conduisent-ils si mal ?Mais que passe-t-il par la tête des conducteurs du Sud ? Lancée par la préfecture, une vaste étude tentera de répondre à cette insondable question. Une première en France, censée décrypter les comportements au volant dans l’Hérault et le Gard, départements qui battent des records d’accidents.

« On veut savoir si ces attitudes s’inscrivent dans la culture locale ou si d’autres facteurs sont en jeu », formule Catherine Mallet, coordinatrice de la sécurité routière. L’ambiance régulièrement festive ou un éventuel microclimat frondeur sont-ils en cause ? Mystère.

« Attention aux clichés sur les méridionaux ! »
Jean-Charles Teissedre, avocat

Sur 200 volontaires, 90 conducteurs « représentatifs » seront retenus pour une expérience insolite : ils seront invités à discuter entre eux, sous l’œil expert de psychologues de l’université d’Angers et du Centre technique de l’équipement de Nantes.

Différentes antériorités de résidence sont prises en compte « pour savoir si les comportements sont liés au fait que les conducteurs sont natifs de l’Hérault ou du Gard et à une culture locale », précise Philippe Llermine, de la DDTM (direction départementale des territoires et de la mer).

Les cas extrêmes, les trop lourdement condamnés, les militants associatifs sont exclus. Un groupe de policiers dira sa vision des choses. Du verbatim doit émerger une vérité pour tous, « des pistes de réflexion d’ici septembre », ajoute-t-il.

« Le stress est une seconde cause d’accident« 

Expert, Jean-Marc Bailet « serait surpris que les résultats s’écartent des profils connus. Et puis l’échelle est trop petite. » Auteur d’un CD pour mieux gérer dix-huit situations stressantes (agressivité, retard, queue de poisson, météo difficile, radars, etc.), il précise que « selon l’Ifop, le stress est la seconde cause d’accidents, autant pour les professionnels de la route que les salariés sur leur trajet domicile-travail ».

Responsable de l’association des experts psychiatres judiciaires, Gérard Rossinelli, émet, lui, « le plus grand doute sur toute solution “magique”, pouvant désigner des boucs émissaires. Il y a tellement de paramètres… Prendra-t-on en compte les nombreux bouchons ? Le soleil qui tape trop fort ? Obligera-t-on à ouvrir la climatisation à telle température ? A porter des lunettes de soleil ? »

« Les Languedociens ne sont pas une espèce à part »

Pour l’avocat montpelliérain Jean-Charles Teissedre, « les Languedociens ne sont pas une espèce à part. Il faut parfois laisser la place au hasard malheureux, coïncidences et aux paramètres d’une région avec une A9 très chargée ». Attention « aux clichés sur les méridionaux ! Ici comme ailleurs, les comportements ont changé. »

Cofondateur de l’Automobile club des avocats, Jean-Baptiste Le Dall se dit « très surpris » de l’étude. « Car il n’y a jamais de volonté d’infraction. L’intéressant serait justement d’étudier les cas extrêmes ! »

Présidente de la Ligue contre la violence routière (5 000 adhérents), Chantal Perrichon ne jure, elle, que par la répression. « Avant la généralisation de radars, on nous disait : la France est latine, ça ne marchera pas. Depuis, c’est à croire que l’on est devenu nordique ! Quant à se demander s’il y a une psychologie à part au Sud, ce serait une première ! »

OLIVIER SCHLAMA
18/02/2012
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